Cheval de dress’, cheval en détresse ?

Chers Lecteurs,

A l’approche des jeux olympiques de Rio, qui verront se mesurer, entre autres, les meilleurs (?) cavaliers du monde du 7 au 20 août 2016, de nombreux articles fleurissent sur le net et dans la presse spécialisée autour de certaines méthodes d’entraînement discutables, de l’utilisation de matériel dommageable pour le cheval et autres règlements d’épreuves sujets à caution. Ceci pousse votre serviteur à écrire, lui aussi, sa petite bafouille objectrice de conscience… ou plus simplement à remettre certaines choses à leur place pour que chacun de vous puisse apprécier ou pas (!)  les prestations de ses cavaliers favoris (et des illustres anonymes) en gardant quelques vérités à l’esprit.

Tout d’abord, sachez que le dressage de compétition est la discipline équestre olympique (à côté du concours complet et du saut d’obstacles) la plus entâchée, en termes de fréquence, par des scandales en tous genres qui ont tous en commun de mettre au jour la souffrance indicible imposée à nombre de ses athlètes à quatre jambes. Qui d’entre vous n’a jamais entendu parler du tristement célèbre « rollkür », de la fameuse muserolle « pullback » ou des malheureusement courantes blessures causées par des éperons utilisés avec « enthousiasme »? Et que dire du dopage?

On pourrait croire que tout ceci ne touche QUE les chevaux de cavaliers médiocres voire mauvais et uniquement dans les petis niveaux… Que nenni, bien au contraire! Peut-être parce qu’à petit niveau, le cheval compte encore pour son cavalier ou que ces artifices paraissent, fort heureusement, tout à fait barbares aux cavaliers amateurs qui sont de plus en plus sensibles au bien être de leurs chevaux ? Ou peut-être parce qu’à haut niveau l’argent (encore lui) mène la danse?

Qui, en effet, voit-on évoluer jusqu’aux JO? Une quasi totalité de cavaliers professionnels qui donc, gagnent leur vie par le biais des concours, celles de leurs chevaux, font connaître leurs élevages quand ils en ont, etc… Bien que la valeur réelle d’une médaille d’or avoisine (à la grosse louche) les 500 €, les primes versées par les organisateurs et les sponsors peuvent atteindre des montants records. Ce qui peut expliquer le besoin impérieux de se hisser sur la plus haute marche du podium. Comme, en plus, il FAUT gagner le plus d’or possible, les cavaliers multiplient les épreuves, raccourcissent le temps de formation de leurs chevaux (qu’ils mettent bien souvent au travail, pour ainsi dire, dès le berceau), les soumettent à un travail acharné… Et puis, n’oublions pas le public!

Oui, le public qui paie pour assister aux plus grandes épreuves! Pour qu’il continue à apprécier le sport, on lui donne du « résultat visible ». Je m’explique: au départ, les compétitions de dressage ont été instaurées (en France du moins) dans le but de « conserver la tradition équestre du pays ». Tradition qui, pour rappel, se base sur des principes équestres éprouvés tels que le désir du cheval de se porter en avant, l’équilibre, la décontraction du cheval, l’harmonie de l’ensemble, … et voit le rassembler et le ramener de la tête comme une PREUVE que le dressage a été bien mené et non comme un but ni un moyen! Tout cela dans un unique but: faciliter pour le cheval le port du cavalier et améliorer ses allures naturelles. Une quête logique et esthétique donc mais jamais, au grand jamais, au détriment du cheval!

Seulement voilà: ce travail effectué dans le respect des règles est long et appréciable souvent par des yeux avertis et éduqués. Education qui demande, elle aussi, du temps et de l’investissement personnel et qui est donc loin du maigre savoir de la masse des spectateurs. Ce ne serait pas grave si les commentateurs d’épreuves donnaient les bonnes explications afin que le quidam puisse se faire, au fil du temps, une idée correcte de ce qu’est une bonne reprise et un beau couple cavalier-cheval. Ce ne serait pas grave non plus, si les juges se basaient encore sur les principes de l’art équestre pour attribuer leurs notes et récompensaient le travail en lui-même et non le « show » du jour. Ce ne serait pas grave, si le dressage de compétition n’était pas devenu une gigantesque vitrine commerciale et spectaculaire où seuls les chevaux qui jettent leurs antérieurs le plus loin et portent leur tête au plus près du poitrail ont une chance de se distinguer, qu’importe d’ailleurs, leur regard éteint, leur queue qui fouaille en cadence, leur bouche comprimée, la bave projetée à 1 mètre, leurs flancs maltraités ou leur dos creux, pourvu qu’ils offrent des mouvements visibles par le spectateur moyen!

Certains me diront que de nos jours, les meilleurs éleveurs produisent des poulains qui possèdent déjà naturellement des allures amples et que donc, les exploiter et les améliorer concorde tout à fait avec le but du dressage. Oui. C’est tout à fait vrai. Si et seulement si ces allures sont obtenues sous la selle par suite d’une formation bien conduite, construite, mesurée et qui préserve la bouche, les cervicales, le dos, les flancs, les membres et le mental du cheval!

En aucun cas, le cavalier « doué » qui force le cheval à donner plus qu’il ne peut ne devrait être récompensé. Ni même autorisé à concourir…  Et pourtant, ce sont ceux-là qu’on décore  d’or ou d’argent et qu’on reconnaît comme références… Ce qui donne aux véritables amoureux du cheval la conviction que, au choix ou tout ensemble: « le dressage c’est de la maltraitance – la bride c’est l’horreur – les éperons c’est de la torture – la muserolle sert à fermer la bouche – …  » et j’en passe de meilleures. Et, si l’on se base sur les compétitions dites de haut niveau, ils ont raison à 99% des passages!

Que dire aussi des règlements! Entre les points idiots « port de la bride OBLIGATOIRE » à partir d’un certain niveau, et ceux, bien pensés « … pour éviter toute dérive dans la formation des chevaux et la compréhension de l’art équestre... » qui ne sont pas appliqués… Il y a de quoi y perdre son latin ainsi que, pour les dresseurs de valeur, l’envie de concourir ou même de s’intéresser aux concurrents. C’est un peu dommage d’ailleurs, parce que ce sont ces dresseurs de talent et de passion qui pourraient contribuer à un revirement des mentalités dans ce monde très fermé du dressage. Ce sont eux qui, en présentant des chevaux dans la plus pure tradition, en jugeant selon les principes maintes fois évoqués plus haut, en partageant leurs multiples savoirs et compétences avec les cavaliers amateurs, pourraient donner l’impulsion, l’étincelle qui ferait sauter cette grande machine à illusions qu’est le monde du dressage de compétition.

En attendant un tel changement – (Comment ça, il faut ménager le Père Noël? )- je vous invite, durant les JO, à porter votre attention vers quelques signes qui ne trompent pas: des litres de bave et une transpiration excessive (n’oublions pas qu’il fera sans doute chaud à Rio), une queue qui fouaille, un chanfrein en arrière de la verticale (soit la bouche vers le poitrail), des rênes de bride horizontales, des éperons qui agissent à chaque foulée, un trot précipité, des antérieurs qui se jettent vers l’avant dans une amplitude incroyable mais des postérieurs qui traînent (cheval en accordéon, à dos creux,…) et, plus que jamais, tous ces symptômes rassemblés vous prouvent que la reprise en cours est MAUVAISE et donne une fausse image de la discipline. Point final. Quoi qu’en disent les journalistes présents et quel que soit le cavalier en piste.

soante

Maître Nuno Olivera au piaffer

Et pour finir, je vous dirai qu’il n’existe pas de cheval de dressage. C’est une expression fréquemment entendue mais totalement erronée. Dans le langage courant, elle désigne un cheval destiné aux compétitions de dressage. Cependant, si l’on considère le dressage pour ce qu’il devrait être, il ne constitue pas une spécialité mais une manière de rendre le cheval capable de collaborer avec son cavalier dans toutes les situations sans subir aucun dommage. Il existe donc bien des « dresseurs de chevaux » mais pas des « chevaux de dressage » et encore moins des « chevaux pour cavaliers de dressage ».

Et vous, qu’en dites-vous?

Horses Hints

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2 réflexions sur “Cheval de dress’, cheval en détresse ?

  1. Pingback: « A la recherche de l’équilibre  – Dr. Gerd Heuschmann – 2016 – Partie I | «Horses Hints

  2. Pingback: A piece of … western riding | Horses Hints

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