« A la recherche de l’équilibre » – Dr. Gerd Heuschmann – 2016 – Partie I

Docteur Gerd Heushmann, vous connaissez? Mais si, voyons! Non? Alors, commençons par un petit tour par ici pour vous mettre dans l’ambiance. Si ça ne vous dit toujours rien, je résume pour vous. Le docteur G. Heushmann, vétérinaire et instructeur d’équitation (équivalent DEJEPS français)  allemand, qui a suivi l’enseignement de monsieur Philippe Karl (maître et fondateur d’une école de légèreté dont nous reparlerons), s’est fait connaître il y a quelques années en dénonçant certaines techniques de dressage à présent tristement célèbres dans son ouvrage non moins célèbre « Dressage moderne – Un jeu de massacre? » paru en 2009. Malheureusement pour lui, une série de photos prises lors d’un de ses séminaires l’année suivante lui a valu la ruine de sa réputation. Je ne les publierai pas ici puisqu’il vous suffira de googler son nom pour les voir et parce qu’après quelques recherches et lectures, je reste convaincue qu’une mauvaise séance ne permet pas de détruire tout le travail d’un homme et que… ben quand-même, comme vous le verrez dans la suite de cet article, l’homme en question partage des réflexions qui devraient figurer dans la bibliothèque, et dans la tête, de tout cavalier qui se respecte.


Passons maintenant au vif du sujet, la lecture de l’ouvrage « A la recherche de l’équilibre« , paru en 2016, qui n’est qu’une  traduction un peu difficile à lire de « Balanceakt, In dubio pro equo » du même auteur et paru en 2011.

Ce livre, composé de 30 chapitres remarquablement illustrés de photos et de schémas, parsemé de citations d’écuyers et de juges allemands et internationaux et agrémenté de diverses données concernant l’élevage et la formation des chevaux et des cavaliers allemands, est d’une richesse telle qu’après sa lecture je me suis interrogée quant à la pertinence d’un résumé.

Et puis, j’ai opté pour le partage d’informations en ordre libre. Même si les paragraphes qui suivent ne représentent qu’une infime partie de la pensée de monsieur Heuschmann, au moins pourront-ils amener certains d’entre vous à se poser de nouvelles questions et à comprendre différemment, peut-être, les indications de leurs professeurs ainsi que les prestations de cavaliers divers.


Tout comme l’écuyer et sociologue G. Le Bon dont nous avons déjà étudié l‘oeuvre équestre, G. Heuschmann interroge le rôle de la science dans le monde moderne du dressage. Il n’existe, en effet, pas encore de méthodologie scientifique capable de valider les principes du dressage classique, ce qui permet à certains cavaliers de nier des évidences, comme le fait que travailler en contraction est non seulement mauvais mais surtout destructeur... en témoignent les boîteries à la main et autres atteintes du suspenseur du boulet que l’on rencontre de plus en plus fréquemment et qui, d’après G. Heuschmann, découleraient de méthodes de formation coërcitives. Il n’est pas en mon pouvoir de vérifier cette affirmation mais ce que je sais c’est que les chevaux formés suivant les principes éprouvés depuis Andrade et Baucher souffrent très rarement de ces affections… Juste, pas juste, à vous de vous forger votre propre opinion 🙂

En tous cas, la place du vétérinaire est, elle aussi, mise en avant L’ auteur encourage vivement ses confrères du monde entier à dénoncer systématiquement toute pratique entraînant des dommages physiques et mentaux sur l’être-vivant cheval. Pour lui, cela fait partie intégrante du métier et représente un des premiers devoirs du vétérinaire. Pas évident, pourtant, de mettre au jour de telles pratiques dans les écuries de cavaliers « prestigieux » multi-champions du monde qui, si jamais ils écopent d’une sanction, reviendront sur le devant de la scène quelque temps (très court) après, et ce, en employant toujours les mêmes méthodes… et en récoltant toujours les mêmes médailles!

Hé oui, parce que, et je ne m’étendrai pas trop dessus, le dressage de compétition est à l’heure actuelle une vitrine commerciale et spectaculaire et non l’occasion de montrer des chevaux et des cavaliers formés en harmonie et avec tact. Un sujet brûlant exploré en long, en large et en travers dans le premier ouvrage de G. Heuschmann et rappelé dans les trois premiers chapitres du présent livre et qui sert de point de départ à la réflexion de l’auteur.

Bien que bon nombre de ces dérives honteuses trouvent leur source dans le commerce de chevaux de haut niveau, G. Heuschmann s’adresse aussi ici aux cavaliers comme vous et moi. Bien que nous ne courrions pas (trop) après les médailles et que nous poussions bien moins nos chevaux dans leurs retranchements, il nous invite, nous aussi, à nous responsabiliser et cela commence par la « prise en compte de l’état musculaire, physiologique ET mental de nos montures ainsi que par la construction d’un entraînement adapté à chaque cheval« , ce  qui n’est pas forcément évident quand on a pas bénéficié d’une éducation équestre et vétérinaire poussée ! Qui plus est, quand on souffre d’un mal certain de notre siècle : le « tout tout de suite ».

L’importance de la formation

Plus encore que l’impatience dont souffrent une grande proportion d’êtres humains – Coupable, Votre Honneur ! –  Il existe un mal bien plus dangereux: l’ignorance! Bien sûr, aucun de nous ne peut prétendre tout savoir mais il est de notre devoir d’exercer notre curiosité. Il est de notre responsabilité de nous FORMER! Ce fondamental est rappelé tout au long du livre, que l’auteur parle de la formation du cheval ou du cavalier. Cette formation, d’ailleurs, va, pour lui, bien au-delà de l’équitation.

Elle commence par l’éducation du jeune cheval par un homme (ou une femme) de grande expérience qui maîtrise ses émotions et qui saura instaurer une relation de confiance respectueuse et mutuelle avec son élève à quatre jambes. Le lecteur est ici mis en garde: « Seul celui qui maîtrise ses émotions peut être un bon cavalier » , seul celui qui peut travailler avec le cheval en partenariat obtiendra un résultat positif et durable. Pour répondre à ces conditions, il faut se connaître, pouvoir reconnaître ses propres limites et compétences ainsi que celles de son cheval et surtout… se fixer des objectifs clairs et réalistes. – Là, on remballe son égo, on se regarde dans le miroir … et on appelle les pros quand ça coince. Si possible avant que les catastrophes surviennent! – Comprendre: avant que le caractère du cheval soit vicié et son corps ruiné par l’incompétence de l’homme orgueilleux. Encore faut-il savoir à qui s’adresser… 

Décontraction et équilibre : un leitmotiv

Une fois le jeune cheval éduqué et débourré dans la confiance, le respect et la décontraction (!) , on peut éventuellement penser à l’entraîner. Remarquez que TOUT cavalier qui choisit d’effectuer un travail avec un cheval et qui donc décide « quand, comment, combien de temps et avec quelle intensité ce cheval travaille  » devient entraîneur et cela amène un cortège de compétences et de connaissances à acquérir au plus vite.

Tout d’abord, le cavalier-entraîneur devra prendre conscience de l’importance de la construction d’un entraînement adapté à chaque cheval comprenant une gymnastique régulière, ensuite, il devra mesurer les conséquences de cet entraînement: courbatures, contractions et stress, et les prendre en compte pour la suite. Il devra également s’attacher à travailler en totale décontraction et à inviter son cheval dans cette décontraction psychologique et corporelle. Comme le dit Peter Kreinberg dans « La voix des Chevaux », DVD, 2009 : « Le principe d’harmonie vient avant le principe de performance.« 

Pour faciliter l’atteinte de cette belle harmonie, G. Heushmann nous incite vivement à laisser vivre nos chevaux au pré, autant pour leur santé mentale que pour la santé de leurs articulations, et à longer intelligemment soit « uniquement pour détendre la ligne du dessus, soulager les tensions du dos et trouver le bon tythme de chaque allure avec les oscillations rythmiques du dos correspondantes » – Exit donc tout artifice qui vise à placer le cheval dans une attitude forcée : adieu rênes fixes, gogue, pessoa, et autres élastiques qui n’ont de doux et d’intelligent que le nom. 

Ici, l’échelle de progression vient guider, soutenir et valider le travail du cavalier consciencieux. Elle est d’une importance capitale pour la formation du jeune cheval et la rééducation de chevaux plus âgés et abîmés. Pour rappel, elle se lit de bas en haut 😉

L'échelle de progression

Rassembler
Rectitude
Impulsion
Qualité du contact
Décontraction
Correction des allures (rythme)

En bref, on commence par rechercher les bonnes allures pour chaque cheval, dans la décontraction et avec un bon contact. Ensuite, on cherche à améliorer l’impulsion et la rectitude. La pierre de touche de cette échelle est évidemment le célèbre rassembler, qui, lui-même, quand il est atteint, améliore tous les autres points de l’échelle. Ces critères sont tous liés et basés sur la biomécanique du cheval. Ils permettent au cheval et au cavalier de trouver leur équilibre physique et mental soit l‘harmonie. Si, si !

L’équilibre! A la fois base et idéal. Au naturel, le cheval est en équilibre. Un équilibre qui lui permet de se mouvoir librement et de se livrer parfois à des cabrioles improbables. Le cheval monté, lui, par le poids que représente le cavalier sur son dos, perd cet équilibre naturel. Le premier objectif de l’entraînement sera de le retrouver par une gymnastique appropriée ou, du moins, d’aider le cheval à (re)trouver un équilibre horizontal, dit « équilibre de base » à toutes les allures, dans un rythme régulier et dans la décontraction.


Pour en savoir plus sur les conditions essentielles de cet équilibre de base, la formation du cavalier et la rééducation de chevaux présentant divers problèmes de dos, je vous donne rendez-vous dans le prochain article de la rubrique « Bibliothèque ».

A bientôt, et merci pour votre lecture!

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4 réflexions sur “« A la recherche de l’équilibre » – Dr. Gerd Heuschmann – 2016 – Partie I

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