Bâton, mon beau bâton !

Dans un article précédent de la rubrique Cavallo-psy, j’introduisais la notion de « cheval miroir » ou en tous cas, ma propre manière de l’appréhender. Depuis lors, vous avez peut-être pris le temps, tout comme moi, d’observer votre relation à votre cheval. Vous vous êtes peut-être aperçu que tout était facile, presque magique, ou bien au contraire qu’à de nombreux moments le conflit pointait le bout de son nez ou bien encore que tout se passe plutôt bien mais qu’il manque entre vous et votre saboté « la petite étincelle » dont parlent d’autres heureux équitants. Vous ne l’avouerez peut-être pas tout haut mais ça vous chipote.

Pourtant, vous faites tout pour lui: 5 hectares de pâture, une vie de troupeau H24, du foin et des compléments si besoin, un abri garni de lin et de copeaux nettoyé chaque jour, de l’eau évidemment, des câlins et des gratouilles à n’en plus finir, des soins divers et variés, une pharmacie digne des plus grands bobologues de la planète, tout votre amour et, somme toute, vous ne lui demandez pas grand chose pendant vos séances de travail. Alors, pourquoi, nom d’un poney, votre cheval ne le vous rend-il pas en collaborant avec vous tout sourire et joie? Pourquoi part-il au fond du pré à votre approche? Pourquoi hennit-il à fendre l’âme pendant le travail? … Bref, pourquoi n’est-il pas ce partenaire, cet ami dont vous rêviez avant qu’il devienne VOTRE cheval?

Si nous prenons le cas d’un cheval presque vierge, qui n’a connu ni grave violence, ni maltraitance d’aucune sorte et qui ne souffre pas d’un quelconque trouble physique ou mental, il y a fort à parier que le problème se situe de VOTRE côté. Oui, d’accord, mais duquel? Caractère? Technique? Connaissances? Compétences? Amour? Emotions? … Et si nous regardions du côté ATTITUDE?

Votre amour pour Equus Marvellous est sans faille. Vous le respectez et le traitez en ami- cheval.  Oui. En tous cas, vous en êtiez convaincus jusqu’ici, tout comme moi. Prenons donc un peu de hauteur et regardons la scène depuis le ciel: nous voyons évoluer, au centre d’une magnifique carrière géotextile, un humain et un cheval. Seuls. Vraiment seuls? Que nenni! En leur compagnie se tiennent une longe, un licol (ou une bride) et un(e) magnifique cravache/badine/chambrière/carrot-stick – Biffez les mentions inutiles. Quand le cheval ne répond pas à l’ordre de l’humain, celui-ci arrive rapidement à faire usage de son bâton, que ce soit par augmentation de la pression (pour les adeptes d’un horseman bien connu), par rappel sec sur la longe ou par « simples » coups de cravache. Et voilà, si la chance est avec l’homme, le cheval à nouveau dans l’exercice ou en tous cas, dans le mouvement. Petite question: donnez-vous des ordres à vos amis? Et quand bien même, s’ils n’y réagissent pas ou mal, vous armez-vous d’une baguette de coudrier pour obtenir le résultat attendu?

Comparaison exagérée? Anthropomorphisme outré? Le fait est que dans la scène du paragraphe précédent, l’homme passe rapidement d’une demande polie à une exigence. Il traite donc le cheval non pas comme un ami, ni même comme un élève, mais comme un pantin. Comment s’étonner alors que le cheval, qui apprend par association, lie l’homme à l’ennui, l’incompréhension, le désordre voire à la douleur. Comment, alors, oser attendre de lui qu’il devienne notre partenaire et ami? Je ne mets pas en cause ici l’usage de la badine pour indiquer et expliquer, ce qui se fait toujours dans le calme, la décontraction et la douceur mais bien le recours aux coups, « doux » ou plus « affirmés » d’ailleurs.

Et si j’écris cet article c’est parce que j’ai, depuis vingt ans, usé et très certainement abusé du bâton-punition. Et ce, fréquemment encouragée par mes moniteurs et même parfois grondée car « fâche-toi! Il a rien senti là! » J’ai toujours répugné à frapper un cheval, voilà pourquoi j’obéissais très mollement et de fort mauvaise grâce. C’est toujours le cas d’ailleurs quand il m’arrive de rencontrer ce type de « professeur ». Pour autant, en dehors de ces leçons désastreuses, je  me suis insidieusement mise à « penser bâton » au cours du travail de chevaux qui m’étaient confiés. Non, je ne les frappais pas à tour de bras mais j’ai pris le tic de renforcer très rapidement ma demande à l’aide de mon précieux bâton en mode « Général Patton ».

Résultat? Pas de joie. J’ouvre un large bec et… mon cheval s’en va 😉 C’est ici que la notion d’attitude reprend sa place. Si j’attends de mon cheval qu’il coopère dans la bonne humeur c’est à moi de mettre en place les conditions nécessaires à notre épanouissement. A moi de lui proposer des exercices variés, à moi de lui accorder confiance et respect, à moi aussi de savoir lire ses propositions et de les cueillir comme fruits mûrs, à moi de mettre en place un langage compris par nous deux, à moi de savoir lire mon cheval et .. à moi de le traiter en ami pour qu’un jour, peut-être, il devienne le mien. Cela ne peut évidemment pas se faire à l’aide d’une baguette punitive.

Nous verrons dans un prochain article comment amorcer ce changement d’attitude salutaire pour le couple cheval-équitant.

Merci pour votre lecture et à bientôt!

Horses Hints

3 réflexions sur “Bâton, mon beau bâton !

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  2. J’avoue que je me sent très chanceuse dans la relation que j’ai avec mon cheval 🙂 Je l’ai depuis petit (6 mois), et on a réussi à créer un certain lien, on est comme « connecté », et c’est assez génial comme sensation. Par contre, je pense que ce lien viens vraiment du fait que depuis bébé, j’ai vachement misé l’éducation et le travail par rapport à lui : j’ai toujours voulu adapté mes demandes, réfléchi sur ses réactions, j’ai vachement marché « à la carotte »… On en passe des kg lol. Chose qui a été assez mal vue : « oui mais ton cheval il va mordre ou rien faire sans carotte » : résultat, il a 6 ans et sans carotte il fait des choses aussi, il ne mord pas, il est adorable… Bref, on est loin du « vilain petit cheval » qu’on me prédisait! Au final, es-ce que ce n’est pas un manque de confiance envers les chevaux qui nous fait passer par des coups de cravache pour rien? Manque de confiance car il va devenir comme ceci comme cela, alors que non, manque d’envie d’apprendre/ de le connaitre et surtout de s’adapter!

    Je me souviendrais toujours qu’un jour mon loustic m’a lancé le postérieur quand je le touché sous le ventre : pas pour me toucher, mais vraiment du genre « bouge ta main de là »… Oulà, première fois qu’il faisais ça j’étais surprise. Ce jour-là, on m’a dit qu’il me « testé » donc en gros, que je ne devais pas laissé passer ça. Moi je n’y ai pas cru « non non, il doit avoir mal quelque part, c’est pas possible qu’il réagisse comme ça, il y a un truc qui va pas »… Ca n’a pas loupé, il avait une infection par rapport à la castration qu’il avait eu quelques jours avant. Bref, des fois les hommes ne vont pas chercher loin et un cheval qui ne réagi pas comme on l’attends est juste « méchant et à recadrer », alors que si on va voir plus loin, on voit vite qu’en réalité il y a juste un truc qui va pas : santé, environnement, personne… 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Bonjour et merci, à nouveau, pour ton partage d’expérience! C’est un plaisir de te lire.

      Tu soulèves dans ta réponse quelques points sine qua non : éducation, observation, envie de connaître et de s’adapter au cheval, temps, relation et… confiance! J’aime beaucoup ta réflexion sur la confiance, qui me parle complètement 🙂 Et bravo pour ta réaction quand ton cheval t’a simplement montré que ça n’allait pas. Une fois qu’on est dans cette logique, ça paraît naturel…. mais il faut y être et surtout, résister aux pressions de l’extérieur.

      « Marcher à la carotte » et les critiques qui en résultent… Plus j’avance et plus les chevaux me montrent que c’est effectivement l’un des meilleurs moyens de les motiver. A condition d’avoir d’abord un cheval respectueux. Quoi que, ça aussi, ça peut se faire « à la carotte », non? 🙂 Et, d’après de récentes recherches, la carotte est bien plus efficace pour motiver un cheval à apprendre que les gratouilles ou les chaudes félicitations, j’y reviendrai dans une prochaine bafouille. Nous travaillons pour de l’argent, pourquoi nos chevaux ne gagneraient-ils pas, eux-aussi, leurs « euros »?

      Toutefois, et je suppose que tu as constaté la même chose, l’éducation « à la carotte » demande une discipline, une rigueur, une finesse … dont se passent beaucoup de cavaliers « bâton ». C’est une méthode qui ne permet pas de tricher … et c’est bien pour cela que je m’y intéresse de près 🙂 Pour autant, je crois que la carotte n’est pas le seul moyen de créer une chouette relation avec un cheval mais elle (la carotte) reste un moyen accessible à tout le monde dès le moment où l’on accepte de vivre le cheval différemment.

      Un petit point de « curiosité »: as-tu toujours évolué dans le monde du renforcement positif ou bien cela t’a-t-il demandé une réflexion particulière? 🙂 Pas d’obligation de réponse bien sûr.

      Encore merci et à bientôt!

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