Masterclass avec Pierre Beaupère – I

Chers Lecteurs,

Hier, dimanche 9 octobre 2016, Horses Hints a bravé le froid germanophone pour assister à la toute première masterclass de Pierre Beaupère en Belgique. Celle-ci a pris place au Domaine de Rurhof, une des plus belles propriétés équestres du pays, à notre avis.

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Si vous aimez les chevaux, que le dressage ne vous donne pas de boutons et qu’il constitue pour vous une base incontournable de votre équitation, vous êtes au bon endroit, enfin, au bon homme :p Pierre Beaupère, en effet, semble considérer le dressage comme un moyen d’améliorer le bien être des chevaux dans leur travail quotidien et, loin de soutenir les guerres de chapelles tristement célèbres, il construit sa réflexion et son enseignement autour du cheval et non de l’égo humain.

Oui mais qui est-ce? Pour faire bref, monsieur Beaupère est cavalier professionnel et enseignant depuis une quinzaine d’années. Il a fait ses classes aussi bien avec d’anciens élèves du Maître Oliveira, qu’avec des cavaliers français (Michel Henriquet), allemands et suédois. Ce qui lui a sans aucun doute donné une vue et une pratique assez large de ce que l’on nomme « dressage ». Actuellement, il est, entre autres, entraîneur des cavaliers du spectacle CAVALIA aux USA et en Chine. Pour en savoir plus, c’est par ici. Bon, de grands noms et un large sourire font peut-être bien fonctioner un commerce mais n’assurent pas réellement une qualité d’équitation ou d’enseignement. Dans ce cas-ci pourtant, le « produit » correspond à sa publicité et « l’essayer c’est l’adopter ».


9 heures – Après deux heures de route et un loupé façon GPS en mode paresse, nous voici au domaine. Juste à temps pour admirer le paysage des hautes fagnes sous la brume et sourire d’envie à la vue des écuries spacieuses, claires, aérées, aux boiseries bien entretenues avec paddocks attenants. Un club house, au-dessus des boxes, qui réchauffe le coeur … et surtout les orteils déjà endoloris, une carrière et un manège couvert qui en feraient baver plus d’un. Un décor de rêve donc. En plus, la lumière d’automne donne à l’ensemble un air intemporel…

9 heures 30 – Les portes du manège s’ouvrent laissant les auditeurs prendre place sur les gradins de bois. On échange quelques mots avec ses voisins. Certains viennent de loin ! La majorité a déjà le sourire aux lèvres. L’ambiance est à la bienveillance. Une musique classique et douce accompagne la prise de parole du maître du jour. Pour lui, la musique est un moyen de se mettre dans un état d’esprit propice à l’équitation : un « mélange de douceur et d’émotion« . Il nous invite à demeurer dans un état d’accueil et de non-jugement tout au long de la journée vis-à-vis des cavaliers qui se succèderont. Prendre une leçon n’est pas toujours simple, la prendre face à la caméra et à soixante paires d’yeux quasi inquisiteurs l’est encore moins.

Avant de commencer le travail proprement dit, P. B. nous résume sa vision. Pour lui, la locomotion du cheval (thème de la journée) dépend de trois piliers : le rythme, l’équilibre et la décontraction. Si l’un des trois piliers est défaillant, les autres en pâtiront d’office. Attention, le pilier « rythme » regroupe les notions de cadence ET de niveau d’énergie adaptés au travail en cours. Le pilier « équilibre », lui, regroupe la stabilité du contact (et sa légèreté dans la mesure des possibilités de chaque couple cheval-cavalier) et le choix de l’attitude qui correspond au cheval à un instant T et pour un exercice donné. Le pilier « décontraction », quant à lui, est à prendre aussi bien au sens physique que mental et découle de la qualité des deux précédents.

Ceci mis au point, la première cavalière (et nous ne verrons que des femmes :p ) entre en piste. Pour des raisons évidentes de respect de la vie privée, les photos et vidéos des participants étaient interdites. Nous essaierons donc de vous rendre compte du travail accompli le mieux possible malgré l’absence d’illustration.

Couple A : PSL de 9 ans, entier, aveugle de l’oeil droit, naviculaire osseux, asymétrie à droite, manque de souplesse – Cavalière de dressage par passion

La cavalière pense que la raideur du cheval est due à ses propres stress et crispations. Elle utilise les mots « toujours », « je ne… pas », a peur de mal faire et de ce fait, n’exige pas vraiment de réaction de la part de son cheval que nous voyons non seulement asymétrique mais également en sous impulsion et distrait. Ce fût l’occasion de rappeler quelques fondamentaux à l’assemblée.

1- Ce que nous craignons tend à se produire = nous provoquons très souvent ce que nous craignons car nous nous fixons sur la crainte et la poussons inconsciemment à prendre corps

2- Il ne faut JAMAIS prédéfinir un cheval. Si vous pensez « ce cheval est poussif » vous avez toutes les chances de garder effectivement un cheval « poussif » car vous vous fixerez sur l’idée que ce cheval n’avance pas et qu’au fond, même pas la peine d’essayer, ça ne marchera pas car « il est comme ça ». Si vous pensez « ce cheval a un pas parfait », vous n’améliorerez jamais cette allure puisque « son pas est parfait » et vous la verrez même peut-être se dégrader par manque d’entretien… Bref, avec les chevaux, mieux vaut rester dans l’instant. « En cet instant, le pas est parfait. En cet instant, il n’avance pas. » Cela nous donne des chances de corriger les problèmes et de parfaire les succès. Cela nous laisse des possibilités d’évolution, point capital dans cet Art qu’est l’équitation.

3 – Apprendre c’est se tromper. Le cheval pardonne. A nous d’avoir de la compassion et savoir reconnaître nos erreurs sans nous laisser enfermer dans un cercle culpabilisant à chaque faute.

Comme il le fera pour chaque session, P. B. demande son avis à l’assistance. Observe-t-on des problèmes de rythme, d’équilibre, de décontraction ? En fait, et ce sera le cas pour chaque cheval, les trois piliers présentent des failles, à divers degrés et comme les trois sont interdépendants, on reprend les bases.

Pour ce premier couple, on voit surtout un manque flagrant d’énergie et un cheval qui pèse fort à droite (naviculaire postérieur gauche, ça n’aide pas). Pour illustrer son propos, P. B. n’hésite pas à mimer le cheval qui reporte tout son poids sur l’antérieur droit et désengage du même coup le postérieur gauche. Ha! Tout de suite, on voit mieux de quoi on parle!

Que faire en pareille situation? Nous sommes tous venus chercher des solutions ou du moins des pistes de réflexion.

Premièrement, soulager l’antérieur droit en reportant du poids sur le postérieur gauche, que chaque membre fasse son travail 😉 Comme asymétrie droite, le cheval prend difficilement le contact à droite et se plie trop de ce côté. Solution? Considérer le contact « comme un sablier ». La quantité de sable (de contact) est toujours la même mais elle se répartit différemment suivant le moment entre le haut et le bas du sablier (entre la main gauche et la main droite). Pour amener le cheval à se corriger, on commence par remettre à gauche ce qu’on a perdu à droite. Très vite, le postérieur gauche revient sous la masse et soulage l’antérieur droit. Bien sûr, dans l’idéal, c’est le cheval qui prend lui-même le contact, au début pourtant, c’est le cavalier qui amorcera la prise de contact.

Deuxièmement, régler le problème d’impulsion. Sous-impulsion flagrante donc on passe assez vite au trot. Ici, le travail est surtout d’amener la cavalière à oser exiger plus d’énergie. On emploiera même deux badines, une dans chaque main. Un peu saisissant au départ. On se détend! Pas question de battre le cheval! Les jambes demandent le mouvement en avant, les badines augmentent le niveau d’énergie par petites touches. Elles règlent en quelque sorte l’activité des postérieurs, ce que l’on peut vérifier en regardant les abdominaux du cheval, qui doivent travailler. Attention toutefois: trop de gentillesse devient vite méchanceté. Aucun effet de jambe ou de badine ne doit rester sans réponse ni réaction sous peine de conditionner le cheval à simplement les supporter en attendant que ça passe… et à ne plus chercher à comprendre ce qu’on attend de lui.

Un dernier point vu avec ce couple: au trot et au galop, on peut varier à volonté l’attitude du cheval (hauteur d’encolure et ouverture de la nuque… sans JAMAIS passer le chanfrein sous la verticale, ce que nous nous tuons à répéter ici 🙂 ) mais au pas, il faut constamment veiller à adapter l’attitude à la vitesse et au niveau d’énergie du cheval. Un pas allongé ne peut s’exécuter qu’avec une encolure plutôt basse et étirée vers l’avant, pour le pas raccourci c’est l’inverse.

Envie de connaître la suite ? Rendez-vous au prochain article!

Horses Hints

 

14 réflexions sur “Masterclass avec Pierre Beaupère – I

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  2. Le dressage n’est de loin pas ma discipline de coeur… certainement parce que dans mon esprit, je l’associe au mot « contrainte » voire même « stress » en fonction des « enseignants » que j’ai pu croiser. En effet, dans la majorité des cas, on apprend à « faire » une figure, on apprend à faire un « geste » mais sans jamais chercher à comprendre le pourquoi du comment (ou alors, on te prend de haut et on va tout de suite dans des discours incompréhensibles et datés d’un autre temps).

    Or, ce que j’apprécie chez PB c’est justement qu’il y ai une réflexion tout autour : on ne cherche pas à produire le mouvement, mais on cherche à comprendre en quoi le mouvement va pouvoir aider le cheval à mieux se mouvoir, à améliorer son physique de base… et Dieu sait que tous les chevaux n’ont pas un physique de base parfait … c’est pas ma Mini-Morue qui dira le contraire avec son rectangle, son encolure de girafe et ses aplombs bizarres (PS : je l’aime de tout mon ❤ )

    J'aime beaucoup ce genre d'approche et je m'y intéresse de plus en plus, moi, la cavalière d'endurance car j'ai compris une chose : ce n'est pas fait pour nous ennuyer… mais pour nous aider à mieux nous sentir dans nos corps respectifs, à être à notre place et donc… à être plus performantes sur la piste.

    Merci pour cet article fort intéressant qui pousse encore un peu plus loin l'envie de COMPRENDRE.

    Aimé par 1 personne

    • Bonjour Sophie, merci pour ta lecture et ton commentaire! 🙂

      Ton ressenti semble proche de ce que beaucoup de gens vivent face au dressage et de ce que j’ai moi-même pu expérimenter à divers moments de ma vie équestre: le mouvement à tout prix, le manque voire l’absence d’explication, le flou « pas artistique » :p , le stress des partenaires humains et équins… bref, un mélange disharmonieux au possible et surtout très éloigné du concept de base : rendre facile toute tâche au cheval et le rendre beau en corrigeant ce qui peut l’être et en améliorant le reste.

      Le monde de l’endurance m’est tout à fait inconnu mais je pense que tu as tout à fait raison: être à sa place à cheval et rendre facile les mouvements pour ce même cheval ne peuvent que vous être bénéfique. Il est peut-être inutile de s’acharner jusqu’au piaffer mais les bases d’équilibre, de détente et de rythme me semblent méga importantes pour mener une course jusqu’à son terme, non ? 🙂

      Qui veut aller loin ménage sa monture et, pour moi, accorder du temps et du travail aux bases du dressage, c’est ménager sa monture surtout si l’on pense à long terme 🙂 Equitation durable quand tu nous tiens! Sans compter que si un cheval « bien fait » peut souffrir d’un manque d’entraînement correct, un cheval aux aplombs défectueux ou autres faiblesses morphologiques souffrira plus encore.

      Tu termines ton commentaire par un point crucial: COMPRENDRE! Oui, comprendre, et donc avoir accès à des explications claires est indispensable pour pouvoir mener un bon travail en autonomie. Et qui peut expliquer clairement en s’adaptant au couple qu’il a face à lui tout en permettant à ce couple de sentir les choses et de se tromper dans la bonne humeur? Un véritable enseignant, expérimenté, passionné, cavalier mais surtout pédagogue! Et ça… ben, quand tu l’as trouvé, tu le lâches surtout pas!

      J’ai découvert P. B. dimanche et… je ne suis pas déçue du voyage, comme cela peut se voir dans mon article 😉 Et je souhaite que beaucoup d’autres cavaliers se forment avec cette passion, ce sourire, et cette rigueur scientifique qui rend tout accssible, clair et finalement simple pour chacun…

      Bientôt le second article, je pense que tu y trouveras quelques « détails » intéressants pour ta pratique 🙂

      Encore merci, et à bientôt

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