« Equitation classique : le langage des aides » – Carlos Pereira -2016

Chers Lecteurs,

Qui, parmi les cavaliers qui me lisent, ignore le langage des aides ? Qui ne s’est jamais entendu dire, au moins au début de sa pratique « Jambes sans mains;  mains sans jambes » ? Qui ne travaille plus à apprendre et affiner ce fameux langage ?

Il existe, en effet, plusieurs traditions équestres, de très nombreuses disciplines et autant de visions du cheval que d’équitants. Pourtant, tous les pratiquants utilisent un même vecteur pour communiquer – travailler avec leurs chevaux: le langage des aides. Que l’on parte en promenade chaque dimanche, que l’on rêve de l’or en CSO, d’une médaille en complet, d’un classement en reining ou que l’on cherche à atteindre la « perfection des choses simples » si chère à Oliveira, nous apprenons très tôt à utiliser ces fameuses aides : jambes – mains – regard – dos- poids du corps  (et voix, parfois).

C. Pereira, passage, Photo by Brigitte Averdung

Carlos Pereira, en sa qualité d’écuyer (au CV long comme le bras: économiste, linguiste, maître de conférence à Paris III – Sorbonne Nouvelle, Président de l’Institut du cheval et de l’équitation portugaise, fondateur de Cavalgador,  chercheur participant au Horse Cognition Project de l’université de Kyoto…), nous livre dans  » Equitation classique : le langage des aides » une remarquable thèse que j’ose résumer ainsi : le cheval, instrument de musique, se joue en tout code, rythme, doigté, finesse et précision; accordons-lui donc un solfège. Toutefois, cet étonnant homme de cheval est bien loin de considérer l’animal comme un outil et c’est bien l’amour  … et l’art, il faut bien le dire, qui semblent avoir guidé sa plume.

L’analogie entre le cheval et l’instrument de musique n’est pas tout à fait neuve dans le monde de l’art équestre et de la Haute Ecole. Cependant, C. Pereira la pousse ici plus loin que ses prédecesseurs en proposant une codification précise et totale des aides nécessaires à chaque mouvement: du départ au pas en ligne droite jusqu’à la ballotade en passant par l’appuyer et diverses flexions ( dont certaines peu recommandées, de la plume de l’auteur même, aux pauvres équitants que nous sommes), dans un véritable solfège de l’équitation et ce dans le but de « retranscrire l’harmonie et la mélodie équestre ».

Oui, dans tout manuel de dressage on retrouve des consignes telles que « pour le départ au galop à gauche- reculez votre jambe droite, mettez votre poids du corps à droite et agissez à la sangle avec votre jambe gauche » parfois, l’indication est différente (pas de recul de la jambe extérieure par exemple) mais il manque toujours quelques informations MAJEURES : quel recul ? Rythme ? Intensité ? Durée ? … De « léger » à « fort » existe toute une gamme d’intensité… Dès lors, comment appréhender cette langue ? Et surtout, comment enseigner au cavalier et à sa monture un langage clair ? Parce que oui, dès que le cavalier veut affiner son langage il se heurte invariablement à différents discours plus hermétiques les uns que les autres , baignant dans un flou artistique pompeux et presque ridicule.

Il est vrai que traduire en mots précis le langage des aides pour tous les mouvements existants relève … de l’impossible car le verbe mène vite à la confusion. Monsieur Pereira nous propose donc une sorte de solfège équestre sous forme de partitions composées de quelques signes de base facilement lisibles après une petite période de familiarisation avec ce système. Ce qui paraîtra sans doute plus facile aux cavaliers-musiciens bons lecteurs à vue. Les autres, rassurez-vous, pas question de clé, de note,  de dièse ou de bémol.

Pour plus d’informations sur cet ingénieux dispositif, je vous renvoie à la lecture du livre car il est bien entendu impossible de le synthétiser et le plus simple pour l’appréhender reste encore la vieille méthode : découverte, lecture approfondie, relecture et re-relecture… en parallèle à la mise en pratique dans l’idéal.


Je ne vous mentirai pas : ce livre, magnifiquement illustré par Marine Oussedik (gravures et crayonnés) est clairement à classer parmi les ouvrages universitaires au même niveau que certaines thèses de doctorat. Il est riche d’enseignements mais demande une approche rigoureuse, curieuse et parfois même… un bon dictionnaire. Il m’a donné l’envie de pousser plus loin mon étude comparée des traditions françaises et portugaises, de (re)considérer la biomécanique du cheval et d’étudier les « sciences du toucher » et a également confirmé ma vision « partenariale » du dressage.

Bien entendu, ce sont les cavaliers attachés aux valeurs et codes de l’équitation classique (et non du « dressage moderne » ) qui trouveront en majorité leur bonheur. Toutefois, pour réellement pouvoir profiter de cet enseignement, il faut, à mon sens, avoir la chance de travailler avec soit un cheval neuf soit un cheval très avancé dans son dressage et en tous cas un cheval « très personnel » ET posséder soi-même un certain tact équestre. Il s’agit en effet de mettre en place, par l’optimisation des aides naturelles, une série de codes extrêmement fins, invisibles à l’oeil extérieur, et sensibles aux moindres variations d’équilibre et de position.

J’ajouterai quand-même que des cavaliers avancés, sans maîtriser parfaitement leur art (sinon on les appellerait « écuyers »), pourront profiter de cet ouvrage comme outil de réflexion et guide vers leurs ambitions à long terme, s’ils souhaitent s’orienter vers la Haute – Ecole ou plus simplement vers une équitation de légèreté sans tambours ni trompettes et profiter pleinement de la sensibilité sans limite de leur compagnon -cheval.

Merci de m’avoir lue et à bientôt,

Horses Hints

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3 réflexions sur “« Equitation classique : le langage des aides » – Carlos Pereira -2016

  1. Pingback: « L’équitation par le rythme « – Xavier Delalande -2006 | Horses Hints

  2. J’ai eu la chance d’assister à la conférence qui s’est récemment tenue à la Sorbonne et pendant laquelle Pereira a présenté son concept. J’avoue être restée très perplexe. C’est vraiment se compliqué la vie que cette nouvelle codification pour décrire le bauchérisme. Et pourtant, avant qu’il en vienne à ce concept, il était pas décevant le bonhomme : il s’exprime super clairement, on sent qu’il est vraiment passionné !

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    • Bonjour Thébaine,
      Merci pour ton passage ici et ton commentaire.
      Je ne trouve pas que ce soit « se compliquer la vie ». As-tu lu le livre en question ? Il s’y exprime très clairement. Je pense que cette codification pourrait, un jour…. (dans mes rêves les plus fous 😉 ) amener une unité dans l’utilisation des aides et plus de finesse à tous les niveaux. Pour moi, son « solfège » apporte des précisions que d’autres ouvrages ne donnent pas (ou qui sont sous-entendues et que seuls des cavaliers déjà très très avancés peuvent entendre). Par contre, son abord n’est pas évident (d’où peut-être cette impression que tu as eue lors de son allocution ?). Il me semble que cet abord presque mathématique pousse le cavalier à une plus grande rigueur et à une clarté extrême dans ses intentions et demandes.
      Mais peut-être ai-je un a priori positif face à cette codification tout simplement parce que je suis musicienne et qu’au seul mot de « partition » je me suis sentie dans mon élément ? 🙂

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