« Au galop vers la liberté » – Magali Delgado & Frédéric Pignon avec David Waltzer -2013

 » L’homme m’a vénéré comme un dieu mais m’a traité comme une bête. Prenez-moi pour ce que je suis : un cheval. » Le cheval

Cette petite citation figure en dernière page de ma dernière lecture et tout l’esprit (de l’ouvrage) des Delgado s’y trouve. Elle dit à la fois l’admiration et l’amour, à la fois la distance entre les désirs pacifiques de l’homme et sa manière brutale de les atteindre, à la fois sa facilité à profiter d’une espèce très adaptative et sa difficulté à la considérer justement comme une espèce à part entière avec sa propre appréhension du monde et ses propres lois. De mon point de vue, elle résume en fait toutes les difficultés et toute la beauté que peut rencontrer l’homme par le biais des chevaux et surtout la relation idéale souvent cherchée et rarement atteinte, en grande partie parce que l’homme s’est autoproclamé, il y a bien longtemps, espèce supérieure, supérireurement intelligente, et s’est accordé un droit de domination sur toute autre espèce existante ou à venir. Pour mon plus grand bonheur, de plus en plus de voix s’élèvent contre cette vision pour le moins moyen-âgeuse.

« Prenez-moi pour ce que je suis : un cheval« . Quand on se plonge dans le témoignage des deux artistes qu’on ne présente plus, on réalise qu’au-delà d’une technique irréprochable en réflexion permanente c’est bien leur considération pour les chevaux qui leur permet d’obtenir les résultats que le public apprécie tant.

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Si vous vous procurez ce livre en espérant y trouver une énième méthode miracle, passez votre chemin. Il n’existe simplement pas de méthode miracle. Chaque homme est unique. Chaque cheval est unique. Les deux ont leurs propres désirs, leurs propres limites. Oui, le cheval aussi! S’il n’y avait qu’une idée à retenir ce serait celle-ci : le cheval possède une personnalité propre, à vous de vous poser les bonnes questions et de lui proposer les bonnes activités pour développer avec lui une relation confiante, harmonieuse et durable.

Vous trouvez cela flou ? Félicitations ! Vous avez bien compris : la relation aux chevaux est très proche de notre relation aux autres humains. Nous n’abordons pas les gens avec une méthode particulière à des fins précises. Procédez de même avec vos chevaux. Cela demande d’ouvrir les yeux sur l’autre et sur soi-même, d’oublier quasiment ce que l’on sait déjà à chaque nouvelle rencontre, d’apprendre à lire le cheval et en soi-même… Attention, il n’est pas question de tomber dans l’anthropomorphisme qui nous laisserait penser que le cheval comprend et réagit de la même manière que nous aux mêmes stimuli.

Il existe bien sûr quelques règles indéfectibles : respect mutuel et bannissement de toute expression de colère du côté humain pour n’en citer que deux. (Bien sûr, la colère nous submerge tous un jour ou l’autre, malheureusement elle est toujours néfaste pour nos relations avec les chevaux). Pour autant, ceci constitue seulement le point de départ d’un voyage toujours inédit. Frédéric et Magali défendent l’idée – audacieuse pour notre ère formatée, pressée et dominatrice – que l‘homme devrait se penser comme élève du cheval et non l’inverse, du moins en grande partie.

J’entends déjà les cris et les huées… Qu’est-ce qui peut tant nous déranger dans cette proposition ? Si j’en crois les commentaires récurrents du monde équestre (« Il se moque de toi », « Fâche-toi », « Il te domine », …) ce serait principalement la peur. La peur de perdre le contrôle. Il est vrai que face à un animal d’une telle force, la sécurité est non-négociable pour l’humain. Pourtant, ces remarques négligent un fait crucial :  pour le cheval aussi la sécurité est vitale. Il est grand temps que les hommes cessent de prêter des intentions malicieuses (au mauvais sens du terme) aux chevaux. Pour chaque réaction du cheval existe une cause objective et n’allez pas croire que votre colère de mardi soir a été oubliée par le cheval et que vous pourrez reprendre votre progression le mercredi matin comme si de rien n’était. Il ne peut faire le lien entre une de ses actions et votre réaction que dans un laps de 3 secondes mais cela ne signifie pas qu’il ait une mémoire défectueuse ou aucun sens de la justice.

Bien au contraire. Plus encore qu’un humain nerveux ou en colère, le cheval perçoit et souffre de l’injustice. Toujours selon son propre tempérament mais il peut tout à fait réaliser qu’une réprimande est méritée… ou qu’elle ne l’est pas … et sa réaction sera sans nul doute différente suivant le cas. Retenez que la colère et l’injustice sont les ennemis premiers de votre relation car elles brisent en un éclair la confiance et la sécurité qui existaient précédemment entre vous et votre saboté et, évidemment, une carotte ne suffit pas à résoudre le conflit.

Cet article n’a pas pour but de vous dévoiler le livre en entier ni d’en plagier les idées. Si cette approche vous intéresse, je vous invite à vous le procurer, à aller voir les Delgado si vous en avez un jour la possibilité (que ce soit en spectacle ou chez eux) et surtout à développer votre sensibilité, votre tact et votre âme.

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2 réflexions sur “« Au galop vers la liberté » – Magali Delgado & Frédéric Pignon avec David Waltzer -2013

  1. Clairement, ce livre est génial ! Je l’avais acheté en 2011, je n’étais pas propriétaire, j’avais à l’époque une jument croisée trait en pension. Pas très réactive, un peu dans son monde… Je n’ai rien eu de spectaculaire, pas de résultat qu’un observateur extérieur aurait pu voir, mais je suis certaine que ce livre m’a ouvert une porte entre elle et mois 😉 (bon d’accord, une toute petite porte, voir même une minuscule fenêtre, mais il faut bien un début, non?)

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    • En effet 🙂 De plus, c’est un exercice de haute voltige (pardon Frédéric) que d’établir un vrai lien avec un cheval qui ne nous appartient pas et dont on ne peut maîtriser les conditions de vie et « l’éducation » puisque on est pas seul à intervenir. Bon, quand ces deux points sont OK de base, ça facilite les choses même pour une DP 😉 Je le souligne juste parce que de mauvaises conditions de vie (ou pas adaptées au caractère du cheval en question) déséquilibrent totalement le jeu; Un cheval « pas bien dans ses sabots » ne s’ouvrira pas comme une fleur juste parce qu’on a l’intention de l’écouter… Donc, si tu as eu un petit quelque chose avec cette DP, je trouve ça super 🙂 et merci de le partager avec nous! A bientôt!

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