Longer un cheval : initiation du cavalier version classique

Chers Lecteurs,

Aujourd’hui, je vous propose un petit article plus technique. La distinction classique / étho(logique) me paraît ici assez importante puisque les manières, moyens et objectifs sur certains paramètres sont très différents. (Bien qu’il soit possible de relier les deux types d’approche 😉 ). Pour moi, l’une et l’autre version ont des avantages, des inconvénients et des intérêts précis suivant les niveaux et disciplines principales du cheval et de l’humain qui travaille avec lui. Il est donc très intéressant de posséder les deux versions dans sa « boîte à outils » mentale.

Quels que soient vos objectifs avec vos chevaux, les exercices en longe appportent de nombreux bénéfices. C’est à la longe que l’on installe les commandes vocales d’allures et l’arrêt à la voix ainsi que les tournants, si, si! On y pense pas mais c’est plutôt utile. C’est à la longe que l’on initie le cheval aux lignes droites à pied et à distance avant de tenter les longues-rênes. C’est à la longe que l’on contrôle l’impulsion, les transitions et les cadences.

Il est également agréable de laisser un cheval qui en a besoin « jeter son feu » en longe plutôt que monté. Des notions de respect fondamentales sont aussi établies en longe autant pour le cheval que pour l’homme d’ailleurs. Elle est de plus, un très bon outil d’initiation à un nouveau matériel ou à de nouvelles difficultés comme le saut d’obstacles et le cross. Et bien sûr, elle peut servir d’échauffement en douceur et de préparation au travail en liberté sans oublier la remise en route après un traumatisme et autres cas plus spécifiques.

Tout d’abord, sachez que, pour moi, tout professeur devrait former ses élèves à cet outil. Ce n’est pas toujours le cas, loin s’en faut, et pour beaucoup de cavaliers, la longe ne sert à rien, est un défouloir pour cheval en box ou pire, est associée d’office aux enrênements. Ce qui donne lieu à des situations cocaces.

Il suffit pourtant d’un peu de patience et de rigueur pour former un cavalier à la longe. Evidemment, ledit cavalier doit accepter cet apprentissage et réaliser que demander à un cheval de bouger au bout d’une corde n’est pas tout à fait la même chose que promener un chien en laisse. Vous fâchez pas, moi aussi j’ai cru pendant un moment que c’était du tout cuit.

Attention : nous parlerons ici d’éducation du cavalier avec un cheval assez bien mis à l’exercice et non de débourrage ! 

LESSON 3 mars après cours trail 5

Préparer l’extérieur – Lesson Live, mars 2017

Les règles de sécurité 

1 – Quand on ne sait pas faire, on ne fait pas tout seul ! 

2 – On porte des gants et pour un cheval inconnu, la bombe est une bonne option même si tout le monde vous rit au nez. J’avoue, je ne porte pas toujours de gants ( « Ho, avec Bisounours ça ira bien! » ) et je l’ai déjà payé avec de vilaines brûlures et autres peaux arrachées… chacun voit midi à sa porte.

2 – Quand on débute, on longe un cheval ou un poney qui lui, connaît l’exercice et respecte l’homme.

3 – Un cheval vicieux ou difficile doit être remis entre les mains d’un professionnel. Les coups de pied en vache, ruades au visage, cabrers, et charges ne sont pas tolérables et en tant que débutant vous avez de grandes chances d’y laisser des morceaux et/ou de vous faire très peur.

4 – On longe dans un espace clos en privilégiant la piste, la carrière ou le rond d’Havrincourt. Pas question de laisser le cheval en permanence sur un cercle ! Exit donc le célèbre rond de longe.

5 –  Quand on débute, on longe en licol corde ou en caveçon (« gentil », le caveçon), surtout pas en filet et encore moins avec un enrênement, quel qu’il soit. De toutes façons, un cheval professeur n’en a pas besoin pour votre apprentissage.

6 – Certains abordent l’exercice avec une « longe éthologique » de 3 à 4 mètres de long et en grosse corde. Je la garde pour d’autres exos et lui préfère les longes classiques, plates, en coton et de 8 mètres de long environ. D’abord,parce qu’en cas de joie débordante, je préfère laisser du champ sans me retrouver de suite en bout de longe et ensuite parce que les cercles répétés doivent avoir un diamètre acceptable pour les membres du cheval concerné !

7 – Une séquence de longe, en tant que travail, ne doit pas dépasser 30 minutes et toujours être équilibrée entre les deux mains (à moins que vous ne soyez avertis de la manière de régler les problèmes de rectitude des chevaux, auquel cas cet article vous est parfaitement inutile mais merci pour votre passage 😉 ) En tant que détente, 15 minutes correctes sont suffisantes. Bien entendu, en cas de désobéissance, n’arrêtez qu’après avoir obtenu ce que vous vouliez pour autant que le cheval soit capable de vous le donner.

8 – Un tout jeune cheval travaillera moins longtemps et les exigences seront adaptées à ses compétences du moment.

Une question de position

Un des secrets des bons longeurs est la maîtrise de leur position par rapport au cheval ainsi que de leur posture et de leur énergieRetenez que votre cheval est  composé de trois parties : l’avant-main, le corps et l’arrière-main. Pour demander un départ ou entretenir l’allure on se place à l’arrière-main, au niveau des hanches. Pour ralentir ou arrêter on se place un peu en avant de l’épaule. En position neutre, au niveau du corps donc, le cheval doit maintenir lui-même l’allure et pendant que le cheval décrit un grand cercle, le deux pattes, lui, dessine un plus petit cercle au centre du premier. C’est, du moins, la méthode que j’ai apprise et que j’applique avec succès sur chaque cheval que j’ai l’occasion de travailler. Sachez, par ailleurs, que d’autres personnes restent fixes au centre du cercle et tournent sur elles-mêmes, utilisent d’autres codes et que cela fonctionne tout aussi bien. 

Une question d’énergie

Attention, la longe est un très bon exercice pour le cavalier aussi ! Si vous souhaitez voir votre cheval évoluer comme bon vous semble, il vous faudra un peu d’entraînement, une bonne dose d’énergie, de la concentration et de la maîtrise de vous-même. Si le cheval au bout de la longe est de type sanguin, nerveux ou inquiet, vous gagnerez à dégager un calme olympien et une énergie apaisante, rassurante. Si, au contraire, le cheval est de type flegmatique voire paresseux, dégagez une belle énergie de mouvement dès le départ. Au cours de la séance, vous modulerez votre niveau d’énergie en fonction des besoins. Pour votre première séance, restez calme ET déterminé, cela devrait suffire 🙂

Une question de posture

Pour votre première fois, on ne devrait pas vous demander de jouer avec votre posture mais pour les longeurs plus avancés, il peut être intéressant d’optimiser le langage du corps. Un exemple ? Pour demander au cheval de ralentir, je me redresse et je tire mes épaules vers l’arrière en pliant les genoux. Attention toutefois à rester cohérent : toujours la même aide pour la même attente! Ce style de code se révèlera bien utile pour vos séances en liberté, si vous décidez un jour de vous y former.

Longe, voix, chambrière et badine

La tenue de longe  est assez simple. La main intérieure (gauche pour un cercle à gauche) tient la longe comme une rêne et à la distance du cheval voulue pour commencer. Le flot se tient dans la main extérieure (droite pour un cercle à gauche) et doit toujours être rangé en 8, ce qui vous évitera une prise de longe très dangereuse. Tandis que votre main intérieure vous aidera à guider votre cheval et le repoussera sur le cercle s’il revient vers vous sans votre accord, le flot vous servira à rallonger / raccourcir le diamètre du cercle et vous aiderai, si besoin,  à entretenir l’allure.

En longe, la voix reste une aide précieuse à utiliser comme toujours avec rigueur et le plus de précision possible. Elle permet aussi de calmer ou de remotiver le mouvement en avant si l’on use de la bonne intonation avec conviction.

La chambrière, outil emblématique du travail en longe est plutôt lourde et encombrante. Choisissez-la souple, la plus légère possible et avec une longue mèche facile à manier. (Un petit tour au rayon attelage pourrait vous surprendre ! ) Son utilisation ne saurait s’apprendre en quelques lignes. Elle se tient dans la main extérieure avec le flot de longe. Dès le départ, son utilisation devrait être la plus légère possible pour qu’elle devienne rapidement inutile. Avec des chevaux bien éduqués et/ou très sensibles, je la remplace par une gaule de dressage… qui est aussi nettement plus légère ! ou par le simple flot de longe (secouer en direction du cheval ou claquer sur la botte). Tout est question d’adaptation au cheval.

Exercices de base

Envoyer le cheval sur le cercle

Pour envoyer votre cheval sur un cercle à main gauche à partir de l’arrêt : postez vous au niveau de sa hanche gauche, indiquez-lui la direction avec votre bras gauche tendu, dites-lui « Perceval, marcher » ou autre ordre déjà connu de lui, et marchez en oblique vers sa hanche. Si cela ne suffit pas, alors utilisez votre flot / badine / chambrière en conséquence.

Il rétrécit le cercle, le coupe ou revient vers le centre

La longe doit toujours être tendue mais sans tirer, comme un élastique juste avant qu’il ne se tende complètement. On recherche, en fait, le même type de relation qu’entre la bouche et la main quand on est en selle. Si le cheval rétrécit le cercle ou le coupe, renvoyez-le sur sa trajectoire en créant des vagues avec la longe. Au début, en vibrations imperceptibles à l’oeil nu pour arriver, si besoin, à une vague franche et sans réplique. Ceci accompagné de l’ordre « A ta place ! « .  Assurez-vous également de ne pas rappeler inconsciemment votre saboté. Ne l’aspirez pas, ne laissez pas tomber complètement votre énergie et ne lui parlez pas façon mamie gâteau ce n’est pas le moment.

Il change lui-même de main

Soit vous êtes en compagnie d’un cheval professeur et vous lui avez coupé la route d’une façon ou d’une autre (en le dépassant par exemple) soit vous êtes en compagnie d’un cheval – inexpérimenté / pas assez souple / douloureux – qui préfère une main plutôt que l’autre et vous le fait savoir.

Rappel : le cheval, dans cette leçon, puisque la longe est attachée au noeud bas du licol ou à la boucle centrale du caveçon, peut changer de main à (votre) volonté.

Pour réagir efficacement, rendez-vous au paragraphe « changment de main ». En attendant, ne bloquez pas vous-même la route de votre cheval tout en l’incitant à avancer car dans ce cas, il ne ferait que vous obéir en changeant de main… Gardez la tête vers l’intérieur du cercle et conservez l’attention de votre partenaire. Une oreille pointée dans votre direction est un gros point vert pour vous ! 

Varier les allures

Quand votre partenaire marche calmement au bout de la longe, la tête en bas ou ne dépassant pas l’horizontale, ce qui devrait être le cas d’un cheval initiateur, vous pouvez commencer les variations d’allures. Testez d’abord les changements simples : du pas au trot, du trot au galop et inversément. Les changements doivent advenir immédiatement. Soyez clair, ferme, convaincu et convaincant. Au niveau plus avancé, vous réaliserez des changements plus complexes ainsi que des variations intra-allures. Quelle que soit l’allrue souhaitée, la main directement liée à la tête du cheval doit rester aussi fixe que possible, aussi calme que possible.

Varier la taille du cercle

Pour varier le diamètre du cercle, contentez-vous de rendre petit à petit la longe, tout en rappelant la direction voulue grâce au bras correspondant tendu pour un agrandissement et de la reprendre petit à petit pour un rétrécissement. Veillez toujours au bon tracé, à l’attitude correcte, à l’allure active, à l’attention du cheval et ne demandez pas de cercles trop petits. Votre professeur vous apprendra à déterminer le diamètre minimal pour un cheval donné.

Changer de main

Au tout début, vous vous exercerez sur une main puis vous demanderez l’arrêt, inverserez vos aides, irez vers le cheval et le renverrez sur l’autre main.  Ensuite, vous apprendrez à changer de main dans le mouvement. Evidemment, si vous longez en Colbert ou autre dispositif dont les réglages changent suivant la main qui travaille, cet exercice ne sera pas réalisable.

Entraînez-vous d’abord à partir du pas et d’un cercle assez petit. Une fois que vous aurez intégré le processus, essayez à partir d’un cercle plus grand et puis à partir du trot. Vous  vous apercevrez vite que vos propres réflexes sont déterminants pour la réussite de l’exercice.

Pas à pas

Perceval marche à main gauche à deux mètres de vous. Changez vos aides de main (donc flot de longe et chambrière dans la main gauche, et main droite à la tête), dites « changer », bloquez le mouvement vers la gauche en attirant le cheval vers la droite et postez-vous aussi rapidement que possible au niveau de sa hanche gauche, prêt à relancer le mouvement en avant au besoin. Félicitations! Vous venez de changer de main au pas. « Y a plus qu’à..! « 

Arrêt sur le cercle et rappel

Dans l’idéal, le cheval éduqué s’arrêtera sur le cercle à votre demande vocale. Très souvent, à votre demande « ho » (ou autre mot donné par le propriétaire), le saboté reviendra vers vous et s’arrêtera, si vous êtes chanceux, à une distance raisonnable. Très souvent, encore une fois, il s’arrêtera presque dans vos bras, en plein dans votre bulle.

S’il entre dans votre zone, faites-le immédiatement et fermement reculer de quelques pas, avant de reprendre votre place initiale, le cheval restant à sa propre place. S’il revient vers vous et s’arrête à distance correcte, félicitez puis retentez un arrêt sur le cercle en vous plaçant à hauteur de ses épaules, en regardant dans la même direction que lui, en vous redressant comme pour l’arrêt monté, et en bloquant le mouvement en avant par l’action de votre chambrière de bas en haut devant le poitrail, sous la longe, tout en répétant l’ordre « Ho » et en intensifiant votre demande jusqu’à ce que Perceval s’arrête. Si vraiment il ne comprend pas, reprenez l’exercice en tenant la longe assez près de la tête (30 cm environ) et en vous aidant de la lice ou de la barrière. Tenu entre vous et la barrière, placez-vous, répétez l’ordre « ho », placez la chambrière devant le poitrail et au besoin agitez la de bas en haut. Une action de main vers le haut peut s’envisager pour le temps de l’apprentissage mais doit être réservée aux cas « d’urgence » ou d’incompréhension totale, ce qui ne devrait pas être le cas, encore une fois, avec un cheval professeur. Peu à peu, l’arrêt sur le cercle ne sera plus qu’une formalité.

Une fois l’arrêt sur le cercle obtenu, vous pourrez rappeler votre cheval à vous. Pour cela, le mot « viens » avec un mouvement d’aspiration de votre part et, si nécessaire, une brève tension sur la longe. Attention, le cheval doit TOUJOURS s’arrêter EN-DEHORS de votre bulle. Si vous voulez être plus proche c’est à vous de faire les derniers pas, pas l’inverse.

Les bouts droits

Je vous l’ai dit, pas question de laisser tourner le cheval pendant une heure sur un cercle rikiki. Mais alors ? Il faut marcher droit ? Oui! Mille fois oui! L’exercice, en plus de reposer tendons et articulations, améliore la communication entre le longeur et le cheval, prépare au guidage de côté et donc aux-longues rênes et permet d’allonger sérieusement les allures. Par ailleurs, les « bouts droits » mêlés aux cercles, brisent la monotonie de la séance pour les deux partenaires.

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Lily TF- Juillet 2013 – On sort du cercle et on démarre la ligne droite, les épaules dirigent les épaules, Photo ESPhotography 2013

Pour un « bout droit », profitez de la longueur de la piste ou du rond d’Havrincout. En sortie de « coin », à main droite, maintenez le mouvement en avant, tendez largement votre bras droit et avancez vous-même parallèlement à la lice. Vous devrez peut-être vous postez plus près des épaules pour maintenir le bloc avant-main sur la piste. Si vous êtes précis, le cheval comprendra très très vite. Vous pouvez ajouter l’ordre « droit » et pour tourner à nouveau, reprenez votre position de départ et dessinez à nouveau un cercle.

Remarques

Les mordus d’étho-magie ne se retrouveront peut-être pas dans ce travail parce qu’on y intègre du droit, parce qu’on refuse le rond de longe, parce qu’on admet la longe en Colbert et autres, parce que, parce que, parce que… Et les convaincus académiques ne s’y retrouveront peut-être pas non plus parce qu’on y utilise certains principes chers aux premiers cités.

Si Horses-Hints vous propose ce travail c’est parce qu’il l’a testé à nombreuses reprises, parce qu’il a vu des chevaux évoluer très joliment physiquement et mentalement au travers de cette première version et parce que les points-clés de réussite  – calme – rigueur-précision – observation – respect de l’intégrité physique et morale du cheval – y sont, semble-t-il, réunies.

Comme pour toute pratique, le plus important est de savoir exactement où l’on est, avec quel cheval, ce que l’on veut obtenir, comment l’obtenir et rester conscient de ses propres limites et erreurs potentielles. N’oubliez jamais qu’un cheval qui vous tracte, un cheval qui vous charge, un cheval qui vous bouscule … est dangereux.  A vous de voir les faits en face et d’agir intelligemment en conséquence. N’oubliez jamais que se montrer trop gentil/mamy/papy/mou n’est pas une marque d’amitié pour le cheval mais un grand flou que votre saboté tentera d’éclaircir rapidement… à sa manière. Nous en parlerons bientôt. Enfin, soyez prodigue de félicitations aux moments opportuns. Les chevaux sentent quand vous êtes profondéments heureux de leurs réponses !  Et surtout, prenez du plaisir à ce travail, précis, parfois complexe mais passionnant!

Merci pour votre lecture,

Horses Hints

 

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