Le cheval, grand oublié du centre équestre

Cher Lecteur,

Ce titre te fait peut-être grincer des dents. Toi qui, peut-être, possèdes un poney club et soignes ta cavalerie comme ton bien le plus précieux. Toi qui, peut-être, travailles dans un centre respectueux ou toi qui, par nécessité, sais très bien à quoi tu participes mais ne peux pas faire autrement. Dans ce dernier cas, sache que tu as toute ma compassion. Concilier valeurs personnelles et subsistance relève parfois du saut périlleux.  Une configuration extrêmement difficile à gérer émotionnellement: aucune raison d’y ajouter de la culpabilité. Au contraire, je te souhaite de trouver un employeur digne de ce nom dans le plus proche avenir. Et surtout, ne t’attardes pas sur ce qui suit. Tu es déjà au courant.

***

Pour mémoire, j’ai fait mon « grand retour » en poney club pour des raisons très administratives et légales et, ayant quitté ce milieu avec joie quelques années en arrière, les maux qui le touchent m’ont sauté à la figure comme un diable de sa boîte. Plus âgée qu’alors, et donc, plus ferme – voire rigide- quant à mes positions éthiques, ce n’en fut que plus douloureux.  (Ferme, pas insensible!)

Aujourd’hui, après une accumulation de problèmes relevés en seulement quatre heures de présence (!)*, et le gentil rappel de mes valeurs par des amis chers, je m’en vais tester un nouveau lieu d’apprentissage qui certes, ne sera sans doute pas parfait (qui peut y prétendre?)  mais qui, je l’espère, place le cheval en priorité absolue de son activité.

Je crains pourtant de ne relater ici qu’une portion d’une réalité encore fort étendue et connue de nombreux cavaliers de club. Je ne suis pourtant pas opposée au principe du club car il permet une approche du cheval à de nombreuses personnes qui n’en auraient sinon ni le temps, ni l’argent. Au vu des bienfaits que l’équitation et toutes ses activités relatives apportent à l’être humain, ce serait bien dommage de les réserver aux seuls privilégiés de ce monde.

Chers dirigeants de centres équestres amoureux et respectueux – dans les faits – de vos animaux, ceci ne vous concerne donc pas et je vous remercie de persévérer dans un milieu complexe, difficile au quotidien, et économiquement instable. Merci car sans vous, jamais je n’aurais pu apprendre à apprendre. Petite dédicace à MQ, F.de B, et NL notamment, si vous repassez par ici un jour.

Les observables

En début d’article, je t’ai parlé d’amour, de respect, de valeurs personnelles, d’éthique… mais tout cela reste subjectif, surtout si l’on en donne pas une définition. Travail fastidieux et peu utile pour la suite. Je te propose donc quelques faits observés qui m’ont conduite à promener mes bottes ailleurs, sans parler du mode d’hébergement qui donne souvent lieu à débat, la réalité étant que dans bien des cas l’on fait ce que l’on peut avec ce que l’on a. Pour ton information, je te renvoie au prix de l’hectare par région en France et en Belgique…

Une cavalerie inadaptée: pesant mes 65 kilos pour 172 cm (tu sauras tout), me prêterais-tu ton poney d’1, 43 m au garrot, épais comme une carotte, pour que je retrouve mon aisance aux trois allures ? Non, j’imagine. La question du poids du cavalier fait débat mais ici, je sais que le poney en question a souffert de mon passage, preuve en est du bien être manifesté à ma descente et au massage qui a suivi.  Entre mon poids et mon assiette piquée comme un clou de vieux portail en fer forgé… bref. Si la cavalerie ne convient qu’à des enfants, alors, il vaut mieux refuser le client adulte. C’est du bon sens.

Un troupeau mal géré: le deuxième poney (pas beaucoup plus épais ni plus grand que le premier) qu’il m’a été donné de « monter » présentait de très nombreuses traces de morsures sur tout le corps. Certaines anciennes, plusieurs récentes, encore à vif et à proximité des endroits où reposent certaines parties de harnachement. D’après l’état du troupeau, meilleur, cet animal est visiblement dominé et une attention particulière devrait être apportée à la composition du groupe… enfin, c’est ce que je pense, moi petite cliente.

Des pieds négligés: « pas de pieds, pas de cheval ». Quel que soit votre opinion à ce sujet (fer, pied-nu, sandale), vous êtes tous d’accord sur l’importance d’une santé du pied irréprochable. (oui, oui, même les défenseurs du fer). Dans tous les cas, il doit être sain, d’une forme adaptée, paré correctement, ni trop long, ni trop court, la sole et la fourchette en bon état, la corne de bonne qualité. Bref, le pied doit.. ressembler à un pied. Loin d’être spécialiste de la question, il me semble toutefois qu’un pied friable, auquel il manque plusieurs morceaux, ou qu’un pied encastelé, une fourchette déviée, une sole suintante… ne sont pas des signes de bonne santé. Un cheval atteint peut être une exception, un sauvetage récent (mais dans ce cas, pourquoi le faire travailler en club?!)… mais plusieurs dans ce même état de négligence… cela m’interpelle.

Un ostéo-quoi? : là, les débutants n’y verront probablement que du feu. Les plus avancés ou les plus curieux parcontre s’interrogeront. Des poneys qui souffrent d’une vertèbre déplacée, d’un garrot bloqué, d’un bassin dévié – voire le tout en même temps, Bingo! –  n’ont RIEN à faire en leçon! RIEN! Encore faut-il s’intéresser à eux pour le découvrir et faire intervenir l’homme ou la femme de l’art. NB: il suffit d’un rapide coup d’oeil à un enseignant avisé pour réaliser l’ampleur des problèmes… S’il ne voit pas, c’est que soit il manque de formation, soit il n’en a cure. Dans les deux cas, c’est un problème.

Un matériel inadapté: je t’en ai parlé dans l’article consacré à la place de la selle. Pardon, j’en rajoute une couche: il m’a été impossible de positionner correctement le matériel mis à disposition. Impossible. Quand j’y suis arrivée, une fois, par miracle et tout de même « à peu près » c’est-à-dire mal … j’ai retrouvé poney sellé à la one again et saucisonné comme un jambon emphysémateux trois minutes plus tard… et ce, sous l’oeil d’un moniteur!!! Et si je te montrais ça:

 

 

 

Un aveu à vous faire: je n’avais jamais vu ça! Réaction du responsable à mon questionnement quant à l’usage de cette chose:  « c’est normal ». Ha bon?! Qui d’entre vous me laisserait utiliser un mors dans un état de délabrement pareil avec son cheval? 1) Un des canons est tordu (il s’agit quand même de métal, il faut y aller pour avoir pareil résultat) 2) La « protection » en résine a tellement souffert à certains endroits qu’elle a pu piquer mon doigt. Que dire des gencives du poney? (Et que dire des raisons qui font qu’un animal se crispe tellement dans la bouche qu’il doit la détendre avec moult baillements après une séance dans laquelle je n’ai pas touché à sa bouche ?

Mais pourquoi personne ne fait rien?

La question à un million. Les animaux dont je parle ici ont la chance d’être correctement nourris. Pas d’état de maigreur alarmant, pas de vers grouillants, pas de pieds de trois kilomètres… Pourtant, au vu de ce qui précède et de leur fuite clairement soulageante de l’être humain, ils ne sont pas heureux. C’est le moins qu’on puisse dire. Ce sont des chevaux. Ils ne crient pas. Ne se révoltent pas, sauf dans de – trop – rares cas. Les propriétaires alentours s’occupent de leur propre monture et n’ont pas intérêt à se crêper le chignon avec les personnes qui doivent assurer un minimum de confort à leur Chouchoudamour. Les parents des enfants ne sont pas forcément conscients de tout ce qui précède. Les enfants eux-mêmes font ce qu’on leur dit et n’ont pas réellement le moyen de lutter. S’ils n’obéissent pas, ils ne montent pas. Punition suprême pour qui se souvient de son enfance. Les cavaliers de passage, conscients des problèmes, mais impuissants, tournent les talons et passent à autre chose. En gardant sans doute en tête, ces petits poneys pour lesquels ils ne peuvent rien faire. Comme moi. Avec tristesse et amertume. La violence ordinaire…

A suivre

 

Horses Hints

*Pour des raisons évidentes, je ne nomme nulle part le centre concerné. D’une part, ce serait aux limites de la loi et d’autre part, c’est loin d’être un cas isolé. L’objet de cet article est d’attirer l’attention du quidam et de provoquer la réflexion des plus expérimentés, pas de casser la réputation d’une entreprise en particulier qui finira soit par évoluer soit par se casser les dents par la force des choses et l’évolution que connait le monde équestre actuellement.

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3 réflexions sur “Le cheval, grand oublié du centre équestre

  1. Bonjour Christine,
    Merci pour ton passage, ta lecture et ton commentaire.
    Non, en effet, ce n’est ‘pas top » et non, ce n’est pas un cas isolé, et guess what? Il y en a de pires. J’ai cru un moment que je pourrais passer outre avec fatalisme pour atteindre mes objectifs mais cela ne me ressemble pas. J’arrête donc les frais et vais voir ailleurs si j’y suis. Avoir les larmes aux yeux en passant la grille n’est pas une bonne condition mentale et émotionnelle pour apprendre n’est-ce pas?

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  2. Pingback: Etre élève cavalier : ouverture et confiance | Horses Hints

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