Santé mentale du cavalier

Face à la peur, mieux vaut prévenir.

Cher Lecteur,

As-tu déjà eu peur à cheval? Ou à pied? Si tu es humain, ça a dû t’arriver, sur une période de temps plus ou moins longue, avec une intensité plus ou moins importante. Et tu as subi les effets de cette peur dans différents domaines touchant ta passion pour le cheval.

En 2016, déjà, j’abordais ce problème avec toi https://horseshintssite.com/2016/06/06/quand-la-peur-sen-mele/ sans me douter alors que ce phénomène pouvait avoir une ampleur insoupçonnée et en te donnant les conseils basiques face à ce souci, et qui avaient très bien fonctionné pour mon cas. Qui, pourtant, ne peuvent pas toujours suffire.

En effet, au détour d’une discussion plutôt animée sur un célèbre réseau (a)social en perte de vitesse, j’ai réalisé que cette « petite peur », assez handicapante, que j’avais traversée, pouvait atteindre un degré d’angoisse très élevé, à rapprocher de la phobie (pour ceux qui sont familiers des classifications psychiatriques).

L’image de la montagne à gravir… ou à déplacer.

Oui, oui, certains de mes correspondants ou plutôt correspondantes en sont arrivées à ne plus monter à cheval du tout. Certaines à acheter et revendre cheval après cheval car aucun ne semble assez calme, assez confiant, assez éduqué. D’autres, ont tout arrêté à la retraite de leur fidèle compagnon, aucun autre cheval ne lui arrivant au paturon sur un plan sécuritaire. D’autres encore ont tout arrêté mais ne peuvent s’empêcher de le regretter. Et enfin, d’autres se cachent derrière des réalités « le cheval est un animal dangereux », « on ne peut pas tout contrôler » pour justifier leur méfiance permanente et leur incapacité à donner leur confiance à aucun équidé.

D’autres, très conscientes du fait que leur panique/phobie/angoisse/peur intense (entourez l’expression qui vous convient) prend son origine dans leurs expériences plus ou moins récentes, sont à la recherche de solutions. Et là, c’est un véritable festival de réponses plus ou moins cohérentes et justifiées. Du partage d’expérience négative « j’ai peur depuis dix ans ça ne changera pas » au conseil malfaisant en passant par la publicité pour de pseudo soins métaphysiques et quelques réponses plus intéressantes aussi, ne noircissons pas le tableau.

Il y a tout de même une généralité assez cohérente qui ressort de tout cela: une partie du travail doit porter sur le cavalier lui-même; l’autre partie sur la relation du cavalier avec le cheval. Hors, autant sur le plan relationnel au cheval et d’éducation de celui-ci on trouve de nombreuses références et professionnels fiables que ce soit sur un axe dit « éthologique » ou sur un axe dit « classique », pour autant qu’on y mette le prix et les efforts nécessaires; autant sur le plan strictement personnel, on arrive vite dans une nébuleuse infinie. Entre développement (im)personnel, utilisation abusive d’outils variés, embrigadement en pensée magique et pratiques bénéfiques à long terme mais non soignantes au sens initial du terme. Tu le vois, Lecteur, un sujet inépuisable.

Dans la seconde moitié de cet article, nous allons passer en revue quelques pistes utiles à toi, toi qui restes tétanisé face à ton cheval anxieux, ou toi qui rêve de parcours d’obstacle mais ne parvient même plus à monter sur ton cheval qui t’a incidemment envoyé au tapis à l’hôpital.

Photo by Anna Tarazevich

Pratiques préventives

L’idéal pour un cavalier, est de prévenir les problèmes. Ici, la peur mais cela s’applique également au manque d’autorité, au manque de confiance en soi, à l’évitement des conflits ou au contraire à leur recherche, à une relation inadaptée au cheval... Je te présente ici – très brièvement – quelques pratiques bénéfiques à long terme si tu les adoptes au quotidien. Cette liste ne se veut pas exhaustive, ni détenir LA vérité. A toi de trouver ce qui te convient et que tu pourras utiliser au quotidien.

Le yoga

  • Qui ne connait pas le yoga? Quelle que soit la forme du yoga que tu adoptes, cette pratique te permettra à la fois de travailler ta concentration, ton calme intérieur, ta perception de ton environnement, ta souplesse, ton équilibre, ta proprioception, ta conscience de toi-même et ta forme physique globalement. En salle avec un spécialiste ou via des tutos en ligne, tu trouveras facilement ton bonheur. Pas besoin de devenir un « yogi instagrammable », pratiquer au quotidien sans viser la perfection est là ton seul objectif. Pas de pression.

Pratiques de pleine conscience/mindfulness : sophrologie, cohérence cardiaque, body scan, méditation…

  • En quelques mots, la sophrologie est une pratique principalement liée à l’observation de son corps via la respiration et à l’apaisement par visualisation guidée. On trouve des cabinets de sophrologue partout en ville. (Pensez à vérifier la formation du praticien et si ses séances vous paraissent trop « ésotériques », passez votre chemin.) On trouve des coachs d’équitation qui accompagnent les cavaliers avec cet outil et à cheval. Dans la même veine, on trouve la cohérence cardiaque (apaisement de l’anxiété via le contrôle du souffle), vidéos gratuites disponibles sur Youtube, et plusieurs applications pour smartphone. Egalement, le « bodyscan » (qui en fait est une partie des pratiques dites de « pleine conscience » et qui s’attache à percevoir chaque partie de son propre corps en partant du sommet du crâne pour aller au bout des orteils, en bref). N’oublie pas non plus la méditation. Guidée, c’est plus abordable. Là aussi, ton smartphone est ton ami. Toutes ces pratiques peuvent être appliquées seul au sol ou à cheval mais nécessitent de la régularité pour être secourables en cas de problème. Une fois que l’on maîtrise sa respiration, on peut utiliser l’outil instinctivement face à la peur qui monte en soi. Une pratique de long terme donc.

Préparation mentale

  • La préparation mentale est bien connue dans le monde sportif. En équitation, pourtant, toute l’attention se porte généralement sur le plan physique équin, biomécanique équin… et parfois sur le physique du cavalier. Elle correspond à un ensemble de pratiques de visualisation, de respiration, de travail sur l’anticipation positive/négative face à diverses échéances. Il existe des coachs spécialisés dans cet exercice principalement adapté aux cavaliers qui concourent.

Se faire aider !

La prévention, c’est bien joli mais quand on a frôlé la mort et passé plusieurs semaines à l’hôpital – ou que malgré tout, la peur, la panique, l’anxiété, l’angoisse, restent présentes dès que l’on manipule son cheval (ou ceux des autres) – vient le moment de se faire aider. Le temps seul n’est pas un allié suffisant dans ce genre de cas, voire même est un ennemi dans le cas d’une répétition quotidienne des affects désagréables. Et cela dépasse les compétences du meilleur coach/enseignant.

Soit parce qu’il y a traumatisme (rappel: votre vie / intégrité physique a été mise en danger réellement OU vous avez été témoin de la mise en danger de la vie / intégrité physique d’autrui) soit parce que vos expériences personnelles ont amené chez vous un niveau de stress inadapté permanent que vous ne comprenez même plus (ni votre coach, et encore moins votre cheval) soit parce que vous avez « simplement » et inconsciemment déplacé vos problématiques personnelles sur le domaine « cheval » et que tout cela appartient au domaine du soin psychique et non de l’accompagnement équestre.

Conclusion

La santé mentale des cavaliers est un point essentiel de la pratique équestre. Quel que soit le niveau de l’humain, le cadre de pratique, les objectifs, les accompagnants… La sécurité autour et sur le cheval passe par un état émotionnel stable, une certaine confiance en soi, une capacité à prendre des décisions dans un laps de temps court, à savoir écouter et collaborer avec un géant non doué de parole et à gérer les conflits naissants ou latents. Autant de savoirs- être qui s’acquièrent partout ailleurs qu’à cheval. Et quand ces savoirs-être sont abîmés ou nécessitent d’être renforcés, il faut savoir s’adresser aux personnes compétentes. Dans le prochain article, je te parlerai donc des pratiques de soin possibles et relativement adaptées à la problématique « peur » dans son ensemble, quand la prévention n’a pas suffi.

Une réflexion sur “Santé mentale du cavalier

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