Santé mentale du cavalier

Face à la peur se faire aider

Cher Lecteur,

Dans l‘article précédent, je t’ai parlé de la prévention des peurs à cheval. J’écrivais alors, à propos du soin de la peur :

« Et cela dépasse les compétences du meilleur coach/enseignant. Soit parce qu’il y a traumatisme (rappel: votre vie / intégrité physique a été mise en danger réellement OU vous avez été témoin de la mise en danger de la vie / intégrité physique d’autrui) soit parce que vos expériences personnelles ont amené chez vous un niveau de stress inadapté permanent que vous ne comprenez même plus (ni votre coach, et encore moins votre cheval) soit parce que vous avez « simplement » et inconsciemment déplacé vos problématiques personnelles sur le domaine « cheval » et que tout cela appartient au domaine du soin psychique et non de l’accompagnement équestre.« 

La base : la psychothérapie

Voilà, le mot est lancé. Le gros mot qui fait peur. Celui qui fait fuir en tenant bien serré le porte-monnaie. Celui qui renvoie une image de « folie », « d’inaptitude », de « mollesse » , d’ « assisté » et j’en passe. Celui qui a fait censurer un partage de mes opinions sur un groupe de cavaliers… le comble.

Assez ironiquement, Internet et nos entourages équestres regorgent d’idées et d’axes de travail pour « amener le cheval à avoir confiance en lui », « rassurer un cheval anxieux », « cadrer un cheval dit dominant », « cadrer un cheval mal élevé », « réveiller un cheval mou », « améliorer la connexion »…. mais très peu de personnes vérifient leur propre santé mentale avant de travailler sur celle des animaux qu’on leur confie ! Et quand les problèmes arrivent, c’est plus difficile encore d’accepter de demander de l’aide. Alors, Lecteur, fais-toi un cadeau: passe outre tes a priori et lance-toi! Ton cheval t’en remerciera, et tu constateras les bénéfices sur l’ensemble de ton quotidien.

Photo by Gelatin

Qui, où, quoi, comment ?

Qui?

Un professionnel de santé mentale habilité à pratiquer la psychothérapie selon les normes de son pays d’exercice. Pour la France: un psychologue clinicien qui, de par sa pratique durant ses études, a obtenu également le titre de psychothérapeute. Tout autre professionnel (hors psychanalyste et médecin/psychiatre) proposant de la psychothérapie, en évitant soigneusement d’user du titre de psychothérapeute flirte avec les limites de la loi et représente un potentiel danger, aussi sympathique et bien intentionné soit-il. Les « thérapeutes » en tous genres formés à un outil unique sont donc à éviter absolument car ils n’ont aucune formation en psychopathologie (connaissance des maladies et troubles psychiques) ni en psychologie (étude du fonctionnement psychique et de la manière de l’aborder) ni en thérapie... contrairement à ce qu’ils peuvent croire en toute bonne foi après avoir validé un « cursus » de quelques mois à un prix exhorbitant. Ce qui donne pléthore de patients que le psychologue reçoit, très tard, et qu’il va devoir accompagner longtemps et parfois difficilement suite aux erreurs de « praticiens » et « coachs bien-être » en tous genres.

Le petit plus: que ce psychologue-psychothérapeute ait une pratique suffisamment importante en parallèle avec les chevaux pour au moins comprendre l’importance de ton problème de peur. En effet, certains « psys », quand le cheval n’est pas leur rayon, ne réalisent pas toute la symbolique et les affects que notre animal fétiche peut mobiliser en nous.

Où?

Bien souvent, si tu veux un rendez-vous relativement rapide, il va falloir contacter un psychologue installé en libéral. Soit seul, soit dans une maison de santé regroupant plusieurs professionnels. Ton médecin généraliste doit avoir un réseau de psychologues autour de lui et chez qui il peut t’envoyer en toute confiance. Sinon, il reste les CMP (Centre Médico Psychologique), surchargés aux délais de prise en charge longs comme un jour sans pain. Par ailleurs, à l’ère du « visio », de plus en plus de psychologues acceptent de réaliser leurs consultations à distance, selon certaines modalités à définir avec eux.

Quoi?

Notre sujet actuel est la peur, l’anxiété, la panique à l’idée de manipuler ton cheval ou de le monter. Je vais donc me concentrer sur cet aspect des choses mais bien souvent, l’humain est construit en « mille-feuilles » ou en « oignon » (tu as la ref’?). Ce qui fait que le problème pour lequel on consulte en cache parfois d’autres, que l’on souhaitera régler ou non. Cela appartient à chacun et à la relation qu’il vit avec le psychothérapeute.

Comment?

Le psychologue-psychothérapeute a toute latitude pour déterminer les méthodes et outils qu’il va utiliser selon ses patients, leurs personnalités et leurs problématiques. Cependant, certaines orientations et certains outils ont pu faire leurs preuves par rapport à des problématiques précises. Tu es donc en droit de demander au professionnel que tu rencontres, comment il compte t’aider. Si lui n’aborde pas directement le sujet. En outre, la plupart des problématiques de peur se règlent assez rapidement. Par rapidement, j’entends: on parle en mois, pas en années!

En principe, la première séance consistera à t’écouter et à te poser des questions judicieusement choisies, afin de comprendre qui tu es, pourquoi tu consultes et ce dont tu as besoin. En gros, entendre et comprendre ta demande. A l’issue de cette séance, le « psy » t’expliquera comment il compte t’accompagner, avec quels outils et vous déterminerez ensemble la fréquence du suivi, si toutefois tu souhaites commencer le travail avec lui. Hé oui, si cette première séance ne « t’accroche pas », c’est peut-être le signe qu’il faut aller voir ailleurs et ça, le « psy » le comprend très bien.

Les outils : un support, pas une baguette magique

Quel que soit ton problème, son intensité, son origine, consulter un psychologue, effectuer une psychothérapie, c’est se mettre au travail. Cela veut dire beaucoup de réflexion, de remise en question, de confrontation à la réalité, à soi, aux autres, au psy lui-même… Cela veut dire aussi traverser un panel d’émotions variées… Le psychologue lui-même est en fait le principal instrument d’une psychothérapie mais les outils qu’il va te proposer vous permettront d’avancer ensemble vers l’objectif que tu auras pu déterminer avec lui. Et c’est votre relation qui te permettra d’évoluer pour ensuite « voler de tes propres ailes » dans une liberté retrouvée.

Quelques thérapies/outils à retours positifs …. liste absolument pas exhaustive!

  • Toutes les TCC-E (Thérapies cognitivo-comportementales et émotionnelles) peuvent être indiquées pour soigner les problématiques type peur panique, stress, anxiété, phobies en tous genres.. Pile poil ton souci! Elles comprennent des protocoles prédéfinis, que le psychologue adaptera à tes besoins, et te demanderont de « mouiller ta chemise » via un éventail d’exercices et « devoirs et pratiques maison ». Typiquement, si tu ne peux plus monter suite à un grave accident dont tu t’es remis physiquement mais pas « dans la tête », ce genre de thérapie t’aidera très bien. Le psychologue t’aidera en fait à établir de nouvelles façons de penser et vivre les évènements en interrogeant, entre autre, tes pensées, tes affects et tes comportements (d’où le nom de cet ensemble de thérapies).
  • La thérapie des schémas: techniquement, elle fait partie des TCC-E. Cependant, pour la problématique qui nous occupe, elle conviendra peut-être mieux à un cavalier stressé en permanence, toujours angoissé, sur le qui-vive… et pour qui la peur, finalement, c’est au quotidien et pas qu’à cheval. Le thérapeute soignera plutôt dans la relation qu’il a avec toi et te « prescrira » également certains exercices. Si cela t’intéresse, tu peux te procurer le livre à destination des patients « Je réinvente ma vie » de Jeffrey Young chez ton libraire favori.
  • La thérapie ACT (prononcer « act » comme « acting ») mettra plutôt l’accent sur la gestion émotionnelle, le « fitness mental » et la discipline d’autocritique au quotidien. Une thérapie un peu plus longue que les précédentes. Encore une fois, dépendant de toi, du psy, de ton problème… chaque personne est unique. Chaque accompagnement l’est aussi.
  • L’EMDR (prononcer chaque lettre séparément) signifie « Eye Movement Desensitization and Reprocessing » soit « désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires ». Elle permettrait de résoudre les conséquences psychologiques et relationnelles d’expériences de vie traumatisantes. Elle est assez en vogue actuellement mais n’a pas encore prouvé son efficacité au sens scientifique du terme, elle est donc régulièrement sujette à débat. Elle est toutefois plébiscitée par de nombreuses personnes et de plus en plus de psychologues se forment à cet outil. (Cf. EMDR France pour une liste de praticiens dûment formés). Il s’agit d’une « thérapie brève » c’est-à-dire d’un maximum de 12 à 15 séances selon les standards actuels.
  • … et puis tous les entre-deux… N’oublie pas, une psychothérapie, c’est d’abord une relation d’humain à humain. Se sentir bien dans cette relation sera ton premier critère de choix.

Et dans un monde idéal…

Dans un monde idéal, ton psychologue pourrait collaborer avec ton enseignant/coach pour que tu puisses reprendre tout le plaisir auquel tu aspires dans ton activité favorite. Dans un monde idéal, tu ne vivrais même pas de peur avec le cheval puisque ta progression serait judicieusement encadrée. Dans un monde idéal… ton coach aurait obligatoirement des notions de psychologie humaine en plus de ses compétences équestres et éthologiques. Dans un monde idéal… tu pourrais rapidement être autonome avec ton cheval, sans te faire peur.

Le mot de la fin

Je laisse le mot de la fin à Aline Fillon – Les Ecuries de l’Espoir, la première professionnelle du cheval que j’entends parler aussi justement des bénéfices d’une psychothérapie pour les cavaliers en difficulté. [Nous ne nous connaissons pas et n’avons pas d’intérêts en commun. Je trouve que ça sonne si juste qu’il faut partager]

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